Merci Monsieur Karl

La mode m’a toujours passionnée et Chanel a toujours un peu fait partie de moi. Comme un culte familial, Chanel n’était jamais bien loin: soit dans les mots de mon businessman de père lorsqu’il congratulait le succès de cette marque, ou dans les tiroirs à maquillage de ma mère lorsque je la regardais se préparer le matin. Mes parents m’ont également transmis l’amour des vêtements, de l’élégance, et de la classe. Combien de fois ai-je entendu mes amis (ou mes ennemis) me dire que j’étais « overdressed » pour aller en cours, ou juste en ville le week-end. Cela m’agaçait, mais ça ne m’a jamais empêchée d’être moi-même. Ça ne m’a jamais arrêtée ! Au contraire d’ailleurs. Cette passion a grandi avec moi et lorsqu’il a fallu répondre à la question « Quel genre de métier veux-tu faire plus tard ? », c’est tout naturellement que j’ai répondu « Un métier dans lequel il faut être bien habillé ». Moquez-vous si vous voulez, c’est ce que les autres ont fait. Mais une fois de plus les moqueries m’ont encouragée bien plus qu’elles ne m’ont freinée. À force de lectures sur l’univers de la mode et du luxe, je suis devenue incollable ; d’une part, mais surtout, j’ai réalisé qu’il y avait tout un monde, un monde à part, peuplé par des gens qui n’auraient jamais ri à cette naïve phrase. Ces gens-là auraient acquiescé, le sourire aux lèvres. Je me suis rendue compte que j’appartenais à ce monde-là, qui d’un point de vue extérieur peut-être qualifié de matérialiste ou superficiel mais dont la mission ultime est finalement d’habiller les gens pour leur donner confiance en eux et les valoriser. « Dress For Success » est devenu mon mantra, et c’est ainsi que j’ai décidé de m’orienter fièrement dans ce monde qui me passionnait, et pour lequel j’étais faite.

J’avais dix-sept ans, et confiance en moi. J’avais pour modèle un père et une mère accomplis et encourageants, et pour inspiration un duo infaillible : Gabrielle Chanel et M. Lagerfeld. Coco et Karl. L’adolescente que j’étais est devenue la jeune femme que je suis aujourd’hui grâce à ces quatre personnes (et Blair Waldorf, ok j’avoue).  Je voulais être forte, féminine, fière, inspirante, inspirée, prospère et irrésistible, comme Coco Chanel. Oui messieurs dames, irrésistible n’appartient pas uniquement au lexique de la beauté, mais également au lexique du succès et de l’ambition. Et comme Karl Lagerfeld, je voulais être félicitée pour mon ambition, talentueuse, confiante, indomptable, originale, et anticonformiste. À eux deux, ils représentaient – et représentent toujours – pour moi la définition de la réussite. Et je voulais réussir. J’avais des rêves immenses, des projets grandioses, des ambitions gigantesques, et je ne supportais plus les commentaires des gens m’entourant et me répétant inlassablement que mes rêves étaient trop grands pour moi.

never let

Coco n’a jamais écouté les conformistes fermés d’esprit lorsqu’ils lui répétaient que ce n’était pas son rôle de femme de jouer les business-woman. Et Karl n’a jamais prêté attention aux jaloux le traitant d’arriviste lorsque lui et son accent de campagne Allemande ont débarqués dans la Capitale pour sauter à pieds joints dans le monde de la mode, bien décidés à se faire une (grande) place. La chance sourit aux audacieux et je suis fière de me compter parmi eux. Comme si c’était écrit, dans un alignement cosmique parfait, j’ai fais mon entrée dans ce monde de rêve par la Grande Porte, la porte de chez Chanel. Je ne me suis jamais retournée depuis. Encore aujourd’hui je suis les conseils de Coco et Karl lorsque je doute de moi, ou des autres.

Je me suis toujours sentie proche de Karl Lagerfeld. Le Chanel que j’ai toujours connu, MON Chanel, est le Chanel de Karl. M. Lagerfeld a régné sur Chanel toute sa vie, il a fait briller chaque collection, il a fait respecter ses idées avec une confiance en lui et en son talent défiant la loi de la gravité. Il a tourné le mépris en qualité. Et il c’est fait porte-parole du mot A M B I T I ON. Chanel doit tout à Karl. Personne d’autre que lui n’aurait su respecter et honorer l’Empire laissé par Coco en 1971. Lorsqu’il a dépoussiéré Chanel en 1983, il n’a rien changé à l’univers de Coco et lui a rendu le plus beau des hommages en faisant perdurer ses idées, ses principes, et ses goûts, tout en affirmant son propre style et son sens de la mode et de la modernité. Karl a passé une vie à se dévouer à la mode en se dévouant à Coco. Karl a fait de Chanel un phœnix renaissant de ses cendres lorsqu’il a ramené Chanel à la vie après la mort de Coco.

La mode moderne doit tout (ou presque) à Karl. Il fut l’un des premiers couturier à dessiner une collection pour H&M en 2004, lorsque la mode se voyait prendre un grand tournant appelé le Mastige, liant les codes tendance du mass-market et de prestige. En grand visionnaire, Karl a combiné la haute-couture en honorant Chanel et Fendi (et même Balmain) de son talent tout en créant une hystérie autour de l’abordable en créant sa marque éponyme. Se fichant complètement des codes, il a organisé le photoshooting de Zahia pour sa marque de lingerie. Pourquoi diable Karl prêterait-il attention « aux codes » alors qu’il crée les siens ?! Là où le scandale et la publicité étaient, Karl était. En homme sérieux ne prenant rien au sérieux, Karl a joué avec la mode toute sa vie, il a détourné les mœurs, cristallisé le passé, prédit l’avenir et provoqué sans cesse. Il était insaisissable et joueur, souvent qualifié d’homme hautain, il n’a pourtant jamais publié d’autobiographie ou d’oeuvre cinématographique vantant ses créations et l’impact qu’il a eu sur le monde de la mode. Son visage est devenu un logo, un symbole et il n’y a pourtant jamais travaillé. La folie Lagerfeld a directement découlé de la masse fanatique l’entourant et le suivant. Le talent attire le succès, et c’est pour cela que Karl est devenu emblématique et iconique, comme la maison Chanel. Jamais un créateur n’a été aussi fusionnel et similaire à sa marque. Karl Lagerfeld restera incontestablement inégalable et je ne peux aujourd’hui que souhaiter à ma chère Maison Chanel de trouver quelqu’un qui l’honorera lui et son travail de la même façon qu’il a honoré Coco pendant toutes ses années.

karlcoco

Monsieur Karl Lagerfeld, le monde de la mode vous remercie. Nous vous devons beaucoup. Vous avez inspiré un nombre démesuré de jeunes passionnés comme moi et vous continuerez à nous influencer longtemps. Le paradis se voit aujourd’hui assez chanceux pour avoir en ses rangs Coco et Karl, enfin réunis. Les anges n’auront jamais été aussi élégants.

— Salutations distinguées, Cece

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